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Nid de mots, d'images, de sons, nid douillet, évasions...avec Vous

01 octobre 2009

Un Livre sur le Rwanda

strategieantilope

Résumé du livre

Le troisième volet de Jean Hatzfeld sur le Rwanda à travers le prisme de Nyamata et de ses environs. Il était question, dans les deux premiers, de ce qui s'était passé dans les marais, avec la voix des victimes (' Dans le nu de la vie'), puis celle des bourreaux (' Une saison de machettes'). Mais il y a eu aussi la forêt, avec seulement vingt survivants sur les six mille Tutsis qui y cherchèrent refuge. On découvre, hébétés, le récit de ces journées passées à courir dans tous les sens pour fuir les machettes. Mais le centre de gravité du livre se trouve dans une décision prise par la présidence rwandaise en janvier 2003 : la libération de dizaines de milliers de Hutus, en vue de procès en réconciliation. C'est dès lors la question du pardon et plus simplement de la coexistence dans un même lieu qui se pose, à la fois pour les bourreaux et les victimes, hantés par leurs mémoires mais poussés par la nécessité de continuer à vivre, malgré tout.

Un emprunt  au site de evene.fr pour  la critique du livre

La critique [evene]   par Pierre Michel

A travers le chassé-croisé d'entretiens et de propos recueillis, 'La Stratégie des antilopes' montre l'irrémédiable scission entre les Tutsis, décimés, et les Hutus, à l’heure de leur libération. D'un côté, les anciens détenus, seuls dépositaires d'une connaissance claire des événements, et de l’autre les rescapés, qui après avoir été poursuivis des semaines durant dans la boue et les buissons, hésitent à confier leur intimité du génocide. Si celle-ci ne se confie pas à n'importe qui, Jean Hatzfeld réussit à exposer toute la complexité du Rwanda. En mettant côte à côte les propos des deux ethnies, il montre des discours en vase clos et les tensions masquées par des conventions et leur cortège de faux-semblants. C’est son talent que d’avoir su les inciter à parler, malgré les réticences, de les avoir écoutés et d’avoir su déceler les fêlures les plus intimes tout en conservant la pudeur nécessaire face à la tentation voyeuriste. Cette vérité du génocide est dans la bouche des tueurs, qui la manipulent, la dissimulent, et des morts qui ne peuvent en témoigner. Ces tueurs qui la distillaient au sein des gaçaças – des tribunaux locaux - afin de favoriser leur libération, sont dorénavant libres et se taisent en n’espérant en majorité plus le pardon face à l’insignifiance de leur punition. Quant aux morts dont les survivants ne peuvent retrouver les corps, enfouis lors du génocide, ils symbolisent l’impossibilité du recueillement ainsi que l’effacement progressif du souvenir des sentiments de l'époque. Si les faits demeurent, avec leurs tueries et bains de sang, les Tutsis se retrouvent séparés d'eux-mêmes, de leur histoire et leur amour propre. Ils incarnent la plaie, encore béante et exsangue, du Rwanda. Plus de dix ans après un génocide qui a fait plus de 800.000 morts, Jean Hatzfeld fait le constat sobre et capital d’une génération qui doit maintenant vivre en silence, selon les impératifs qu’exige un pays qui n’a plus qu’à espérer une lointaine réconciliation.

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